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Full text of "Réponse d’un bourgeois de Paris, à M. le comte de Mirabeau, citoyen de Marseille."

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in 2013 



http://archive.org/details/bourgeoOOmira 



REPONSE 

D' UN BOURGEOIS 

DE PARIS, 

A M. LE COMTE DE MIRABEAU, 

CITOYEN DE MARSEILLE. 



Ecce iterum Crifpinus, & ejl mihifxpè vo< p utez, 

Juven. 



M. le Comte 3 

La bonhomie du comte de Caraman qui vous 
écrit pour vous demander la paix , ce l'heureufe 
infolence de votre réponfe nous ont occupé un 
moment. Nous avons applaudi à l'innocente rufe 
des deux lettres menaçantes que vous vous êtes 
fait écrire par les La^aronl de Marfeille , & qui 
ont^ forcé un fi honnête commandant à vous prier 
de modérer votre influence fur la nation provençale. 

Le Roi fent tout ce qu'il vous doit,, partout ce 
que'pouviez faire. Vous avez refroidi les têtes que 
vous aviez échauffées ; 6c vous ne demandez pour 
prix d'un fi grand défintéreflerïîenc <, que de faire 
le bonheur d'une province donc vous avez fait la 

x 



conquête. Qu'exigez-vous en effet ? D'être député 
peur le tiers ; 6c la populace , dont vous êtes le 
tribun , oubliant que vous ne vous êtes jeté dans 
fes bras qu'après avoir été repoufleparlanoblelTe, 
ne s'ert occupée qu'à venger votre injure: elle vous a 
proclamé Roi des halles , <5c vous avez fait dans 
les rues de MarfciUe une entrée , dont nn duc de 
Beau fort feroit jaloux. Le récitde votre triomphe, 
écrit de votre main , e(l parvenu jufqu'à nous, & 
les marchands du palais royal étalent déjà votre 
figure à côté de celles de BergaiTe &de Caglioftro. 
Mais au fein de tant de gloire, je voudrois , 
monfieur , vous faire un reproche , dût-il un peu 
troubler le cours devosprofpérités. Je vous deman- 
derois pourquoi dans la néceffité où vous êtes de 
vous louer, vous empruntez l'anonyme. La fran- 
chife confifte à avouer également fes torts <5c fes 
mérites. Forcé de confefler que vous êtes l'homme 
le plus éloquent de votre Jîècle , un Bodin > un 
Rouffeau , un Montcfquicu ., un grand homme enfin , 
pourquoi ne pas figner votre déclaration ? On 
vous en auroit cru fur votre parole , à caufe de 
l'intégrité de votre caractère ; au lieu que la foule 
des lecteurs > toujours mal avifée , n-'a vu dans les 
exprefîlons fanatiques de votre Séide marfeillois , 
qu'une ironie aiïez froide. Paris eft indigné qu'un 
bel efprit de Provence vous couvre de ridicule , 



(3 ) 
foie qu'il plaifante, foie qu'il parle férieufement. 
J'ai beau dire que c'eft vous qui avez écrie la lettre 
du citoyen , que c'eft vous qui vous louez vous- 
même , que telle e(l votre méthode , que pour 
réveiller l'attention du public , vous vous êtes 
vingt fois écrit à vous-même , tantôt fur la 
Hollande _, tantôt fur les eaux de Paris , tantôc 
fur la banque , quand les idées de Panchaud vous 
forçoient la main: tout cela ne vous exeufe pas. 
Eh! Quoi., me dit-on, n'eft-ce pas à nous qu'il 
devoit s'en fier ? Pourquoi nous faire l'affront 
d'aller quêter des éloges <5c des défenfeurs à 
Marfeille ? Que dira l'Europe , que diront de 
nous les Rois & les nations qui le connoiffent 
rant, félon fa naïve expreffion ? On dira que nous 
l'avons abandonné, que nous l'avons expofé , que 
nous l'avons forcé d'aller fur les tréteaux de la 
Provence. 

Montrer aux nations Mithridate détruit. 
En vain crierez-vous que Marfeille eft la pre- 
mière ville de l'univers, que fes négocians font des 
Rois, & fes députés des ambaffadeurs ; en vain 
direz-vous comme Seftorius ; 

Rome n'eft plus dans Rome , elle eft toute où je fuis. 

Paris n'en fera que plus inconfolabie. Ingrat* 
que vous êtes \ Songez à touc ce cjue nous avons 



C4) 
fait pour vous. Ne vous avons- nous pas datte 

.-. nos écrivains les plus bruyans , parmi les 
Linguct 6c les Bergafle? N'avons -nous pas distin- 
gué vo< cris & vos -brochures? N'avons-nous pas 
fenti que fi vous aviez renoncé à la morale par- 

lière-| c'éroit pour mieux vous arracher à la 
7r.or.zle u le, fc que fi chaque homme en 

particulier doit fé défier du comte de Mirabeau , 
l'efpèce humaine toute entière n'en doit que mieux 
compter fur lui r Trouvez-vous dans votre Pro- 
vence des efprits capables de ces diiun&ions déli- 
cates r Croyez-moi, Moniteur, les provinces ont 

j ne rai une groiTe confeieuce qui ne peut vous 
apprécier. Souvenez-vous de la Franche-Comté 
où vous fûtes pourluivi par le ter des lois, ek de 
tant d'autres pays où l'on s'ef: fait une vertu de 
compter vos talents pour rien. Il n'y a que Paris 
pour vous. Qui vous fou tient, qui vous porte à 
MarfeillefLa populace qui ne lit point 6c quine 
connoit que votre haine pour la noblefle: mais 
cette populace peut fe refroidir; elle peut fe tour- 
ner vers un autre charlatan. Votre réputation peut 
paner comme elle eft venue. Ces Provençaux fe 
figurent tout bonnement qu'il faut être homme 
de lettres & homme de bien pour remplir unedé- 
.putation avec éclat. Cela neft-il pas dégoûtant 
pour jvous qui favez qu'a Pans on peut exciter 



H), 

l'attention, fans être ni l'un ni l'autre? Rappelez- 
Vous votre difpute avec Beaumarchais: vous n'étiez 
jpas gens de lettres, on ne vous demandoit pas 
d'être gens de bien, & pourtant vous fefiez tous 
deux beaucoup de bruit. Ah ! Que vos Marfeillois 
auroient été embarraffés pour juger entre Mira- 
beau & Beaumarchais : ils auroient peut-être , 
comme le duc de Laval , fait juger le cas aux galé- 
riens Çœ^); mais Paris vous écouta , vous lut tous 
deux: le tapage fut horrible, & enfin la balance 
du mépris public pencha en votre faveur. Venez 
donc nous retrouver: nous vous députerons fi vous 
l'exigez abfolument : le moderne Sulli vous attend. 
Venez: vos Provençaux chercherontun autre brûlot 
pour convoyer la flotte qui doit porter leur ambaf- 
jlade : votre correfpondance fecrète cl Berlin, en 
prouvant votre extrême défintéreffement, & votre 
talent pour les négociations , démontre en même 
temps qu'il faut vous employer dans les rôles 
fecrets : ce que Marfeille ne fauroit concevoir , 
au bruit que vous y faites. Laiffez - là les longs 
ouvrages , tel que votre itnpèrijfzble monarchie 
pn/Jficnne , ces fortes de livres font trop exigeans, 

(a) M. le duc de Laval , jouant au triétrac , dit , à 
propos d'un coup douteux, qu il en apeloit aux galériens * 
pour dire à la galerie, 



ils veulent du temps 6c du ftyie ; revenez aux 
brochures 6c aux pamphlets : vous en avez déjà 
fait trente , dites-vous ; mais Paris ne compte pas 
avec les gens qu'il aimç. Si on vous donnoit le 
perfide confeil d'écrire avec. foin , 6c de placer 
péniblement vos fonds fur la poftérné, comme ces 
pauvres EouiTeau & Montefquieu, gardez-vous 
bien de vous rendre; fuyez, venez ici, écrivez 
fur le moment 6c pour le moment : c'eft un ter- 
rible avantage. Quand on écrit fur les affaires du 
temps, on trouve toujours un public échauflfé, 
partagé en plufieurs factions , prêt à tout lire. 
Voyez les avocats: ils font cous du bruit l'un après 
l'autre. Bergaffe nous auroit-il occupés, nous auroit- 
ii touchés en faveur d'Andromaque, comme il l'a 
fait pourleficur Kornmann ? Racine n'y entendoit 
rien. Venez encore un coup; vous pouvez vous 
faire un gros viager en réputation. Quand on fe 
porte 6c quand on écrit comme vous, on. acquiert 
aifément une gloire immenfe , 6c on vit alTez pour 
la confommer. 

Je fuis , 6cc. 

P. S. On vient de nous apprendre que les 
troubles font pacifiés , que la Sardaigne ouvre 
les greniers à la Provence 6c au Languedoc : 
Ainfi , Monfieur , hâtez-vous , fuyez : vous ne 



C 7 ) 
pouvez , comme les éclairs , briller que dans lès 

tempêtes ; forcez d'une ville où tout va mai pour 
vous, puifque tout va bien. Que fi cette indigne 
populace de Marfeille , après ion raccommode- 
ment avec la NobiefFe & le Clergé , vouloit vous 
élire en forme de dédommagement , venez ici , 
votre vengeance eft prête ; vous vendrez ces vils 
troupeaux de moutons qui n'ont pas voulu égorger 
leurs bergers & leurs chiens, quand vous leur 
en offriez l'occafion.